Manager sans être partout : quand intervenir et quand laisser faire

CHEMA ACTUS

On ne peut pas être partout, tout le temps. En management, la question n’est pas d’être présent en permanence, mais de savoir quand sa présence est réellement utile.

Être présent ne signifie pas occuper tout l’espace

On demande beaucoup aux managers : être présents, disponibles, réactifs, à l’écoute, capables de décider vite, de soutenir les équipes et de garder une vision d’ensemble. À force, on finit presque par considérer qu’un bon manager devrait être partout. Je pense exactement l’inverse.

On ne peut pas être partout, tout le temps. Et vouloir l’être n’est pas forcément un signe d’implication. Cela peut même devenir une difficulté, pour le manager comme pour l’équipe. La vraie question est plutôt de savoir où sa présence est utile, à quel moment elle l’est, et dans quelles situations il vaut mieux ne pas intervenir tout de suite. C’est là que le timing devient essentiel.

Dans les organisations, nous fonctionnons beaucoup dans l’immédiateté. Un message arrive, on répond. Une difficulté remonte, on propose une solution. Une question est posée, on tranche. Quelqu’un hésite, on l’aide. Cela part souvent d’une bonne intention, mais à force de répondre trop vite, on finit parfois par faire à la place des autres ce qu’ils auraient pu apprendre à faire eux-mêmes.

Nous observons souvent cela chez les managers que nous accompagnons. Ils veulent bien faire, aider, éviter qu’un problème prenne de l’ampleur. Ils interviennent donc rapidement. Progressivement, sans forcément s’en rendre compte, ils deviennent le point de passage de tout. L’équipe s’habitue à demander, le manager s’habitue à répondre, et cette organisation finit par paraître normale jusqu’au moment où le manager n’a plus le temps de rien et où l’équipe a du mal à avancer sans lui.

Ce n’est pas seulement une question de charge de travail. C’est aussi une question de posture. Manager, ce n’est pas répondre à toutes les questions. C’est aussi créer les conditions pour que certaines questions n’aient plus besoin de remonter. Cela suppose parfois d’attendre un peu, de ne pas donner immédiatement la solution, de laisser quelqu’un chercher et de permettre à une équipe de tester une réponse qui ne serait peut-être pas exactement la nôtre.


Le bon moment compte autant que le bon message

Nous accordons beaucoup d’importance à ce que nous allons dire : comment annoncer une décision, faire un feedback, recadrer quelqu’un, expliquer une nouvelle orientation. Ce sont évidemment de bonnes questions, mais j’en ajouterais une autre : est-ce le bon moment ?

Parce qu’un message juste, donné au mauvais moment, peut complètement perdre son effet. Une remarque importante en fin de journée, alors que la personne est épuisée, n’aura probablement pas le même impact que le lendemain matin. Une décision stratégique glissée entre deux réunions peut passer au second plan. Une demande supplémentaire adressée à quelqu’un déjà saturé peut être entendue comme une pression de plus, même si elle est parfaitement légitime.

Le timing fait partie du message, et je crois que les managers sous-estiment encore beaucoup cette dimension. Avant de parler, il faut parfois simplement regarder la situation : est-ce que la personne est réellement disponible ? Est-ce que moi-même je le suis ? Est-ce que cet échange mérite cinq minutes prises entre deux portes, ou un vrai temps posé ?

On peut être physiquement présent et totalement indisponible. Un manager qui écoute un collaborateur tout en consultant ses mails n’est pas vraiment disponible. Un collaborateur qui sort d’une situation tendue ne l’est pas forcément non plus.

Le bon moment n’est pas seulement celui où j’ai envie de dire quelque chose. C’est celui où il existe une vraie possibilité que l’échange serve à quelque chose.


Être disponible ne veut pas dire être joignable en permanence

C’est une confusion que je rencontre souvent. Un manager disponible n’est pas un manager que l’on peut interrompre à tout moment. Au contraire, pour être vraiment disponible, il faut parfois cesser de l’être.

Il faut pouvoir se concentrer, réfléchir, préparer une décision, prendre du recul et regarder un sujet autrement que dans l’urgence. Sinon, la journée devient une succession de réactions. On répond aux mails, aux messages, aux sollicitations, aux problèmes, aux demandes de validation. On traite beaucoup de choses et l’on peut même avoir le sentiment d’avoir été très efficace. Mais est-ce que l’on a vraiment managé ? Pas toujours.

Le rôle d’un manager n’est pas uniquement de traiter ce qui arrive. Il est aussi de voir ce qui doit être anticipé, ce qui doit évoluer, ce qu’il faut arrêter de faire et ce qu’il faut transmettre à quelqu’un d’autre.

Un agenda saturé n’est pas forcément le signe d’un manager important. C’est parfois simplement le signe d’une organisation dans laquelle rien ne peut se passer sans lui.


Ne pas intervenir peut être une vraie décision managériale

C’est probablement l’une des choses les plus difficiles à accepter lorsqu’on manage : voir un problème et ne pas intervenir immédiatement, voir quelqu’un chercher et ne pas lui donner la réponse, accepter qu’une décision prise par l’équipe ne soit pas exactement celle que l’on aurait prise soi-même.

Pourtant, c’est souvent à cet endroit que l’autonomie se construit. On ne rend pas une équipe autonome en lui demandant de l’être. On la rend autonome en lui laissant progressivement la possibilité de décider, de faire, de se tromper parfois, de corriger et d’apprendre.

Un manager qui intervient en permanence peut finir par rassurer tout le monde, mais il peut aussi empêcher chacun de prendre pleinement sa place. Il existe une différence importante entre être absent et laisser de l’espace.

La présence managériale ne devrait pas se mesurer au nombre d’interventions, mais à leur pertinence.

Parfois, la bonne décision consiste à intervenir. Parfois, elle consiste à attendre. Et parfois, elle consiste simplement à demander : « Qu’est-ce que tu proposes ? »


Le temps et l’attention sont des ressources de management

On parle beaucoup de gestion du temps. Il faudrait davantage parler de gestion de l’attention, parce que c’est souvent là que se joue une partie essentielle du management. À quoi est-ce que je décide de consacrer mon attention ? Quels sujets méritent réellement que je m’y arrête ? Lesquels ont besoin de moi aujourd’hui, et sur lesquels suis-je simplement en train d’intervenir par habitude ?

Tous les sujets n’exigent pas la même présence du manager, toutes les personnes n’ont pas besoin du même niveau d’accompagnement au même moment, et toutes les décisions n’ont pas vocation à remonter systématiquement. Manager suppose donc de faire des choix, non seulement dans les priorités que l’on donne à l’équipe, mais aussi dans la manière dont on utilise sa propre présence.

Avant d’intervenir, il peut être utile de se demander si c’est vraiment le bon moment, si le sujet nécessite réellement notre intervention et ce que celle-ci va apporter. La personne en face a-t-elle besoin d’une réponse immédiate, ou plutôt de temps pour construire la sienne ? Le sujet mérite-t-il une réunion, un appel, un mail, ou simplement d’attendre quelques heures ?

Ces questions peuvent paraître simples, mais elles obligent à sortir de la réaction automatique. Elles permettent surtout de remettre du discernement là où l’on a parfois pris l’habitude de répondre trop vite, de décider trop tôt ou de multiplier les sollicitations sans toujours vérifier qu’elles sont réellement utiles.


Les repères d’un management qui laisse de la place

1. Tout n’est pas urgent
Je ne laisse pas l’immédiateté choisir mes priorités à ma place.

2. Je ne réponds pas systématiquement tout de suite
Certaines situations méritent d’être observées avant d’être traitées.

3. Je choisis le moment de mes interventions
Le bon message ne suffit pas. Il faut aussi que chacun soit disponible pour l’entendre.

4. Je protège mon attention
Je garde du temps pour réfléchir, décider et prendre du recul.

5. Je ne cherche pas à devenir indispensable
Si une équipe peut avancer sans moi, je lui en laisse la possibilité.

6. Je laisse de la place
L’autonomie ne se décrète pas. Elle se construit dans les espaces que le manager accepte de ne pas occuper.

7. Je choisis le bon canal
Tout ne mérite pas une réunion. Tout ne se règle pas par mail. Certaines choses demandent simplement une vraie conversation.

8. Je distingue disponibilité et accessibilité permanente
Être disponible, c’est pouvoir être vraiment présent quand cela compte.


Au fond, le rôle du manager n’est pas d’être partout. Il est de savoir où il doit être, à quel moment il doit intervenir, quand il peut attendre et quand il est préférable de laisser faire.

Cela demande moins de réflexes, davantage de discernement, et surtout l’acceptation qu’une équipe qui fonctionne bien n’a pas besoin de son manager à chaque instant.

Savoir être présent sans occuper tout l’espace est peut-être l’un des signes les plus intéressants d’un management qui a réellement fait grandir l’autonomie.


Si ces questions de posture, de disponibilité, d’autonomie et de timing se posent dans votre organisation, nous pouvons vous accompagner de manière très concrète et adaptée à votre contexte.

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